La Ferté-Villeneuil

blason-la-ferteLa Ferté-Villeneuil est un village de 400 habitants situé 10 kilomètres au sud de Châteaudun sur la route de Blois. Il est installé dans la vallée de l’Aigre et sur le coteau qui domine la rive droite. Autrefois, le village haut (alt. :127 m) et le village bas (alt : 106 m) étaient séparés par une bande verdoyante de vergers et de jardins, dépourvue de constructions (3) ; depuis une trentaine d’années des maisons ont grignoté cet espace et apporté un trait d’union entre les deux parties.

Hydrogéologie

Le sous-sol du village est composé de terrains calcaires sédimentaires : calcaire de Morancez (4), argile à silex, craie. Dans la vallée, la rivière a déposé des alluvions tourbeuses qui atteignent deux mètres d’épaisseur aux abords de l’église. Ces différents terrains constituent tout un réseau hydrologique particulier (5) : -sur les pentes, alimentées par les précipitations de surface et drainées par les fissures du calcaire, de nombreuses sources, pour la plupart à la même altitude (120 m), coulent sur une couche d’argile imperméable. Pour approvisionner le village, elles ont été entourées d’un bassin de pierre et couvertes ; leur trop plein va se jeter dans la rivière. En été, avec l’irrigation, elles ont un gros débit, même en période de sécheresse intense. -sur le plateau, des puits peu profonds (6 à 12 m) atteignent les mêmes nappes, certains ont leur partie inférieure évasée en ampoule pour drainer plus d’eau. -dans le fond de la vallée, c’est une nappe d’affleurement qui monte ou descend avec le niveau de la rivière, chaque jardinier a son trou d’eau dont la profondeur est de deux mètres environ.

La source de l’Aigre est à la fontaine Saint-Martin à Tripleville (6) (alt : 114 m), c’est une exsurgence de la nappe des calcaires de Beauce. Sur son cours, d’autres alimentations, installées dans le fond du lit, créent dans la vase de grands entonnoirs appelés « gouffres » dont la plus importante est « La Canche » (alt : 109 m) à proximité de Verdes (7) ; cette eau sous pression provient de nappes captives au sein de la craie. Leur débit peut être annulé par des pompages intensifs qui siphonnent les fissures aquifères (8). Après un cours long d’une quinzaine de kilomètres, l’Aigre va se jeter dans le Loir au prieuré de Bouche-d’Aigre (9) (alt. : 96 m).

Exceptés les puits du plateau et les gouffres du lit, tous les endroits de prélèvement de l’eau sont appelés des fontaines ; ce terme est impropre pour les trous d’eau des jardins du bas du village et de l’église qui sont en fait des puits, mais la tradition les nomme de cette façon.

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Peuplement, toponymie, seigneurs

L’homme a été très tôt présent sur le territoire actuel de la commune. De nombreux outils du paléolithique moyen (Moustérien), du mésolithique, et du néolithique continuent à être découverts par les agriculteurs ; des outils en opalite (culture du Beaugencien) ont été importés de la vallée de la Loire ; des mégalithes aujourd’hui détruits s’associaient à ceux de Tripleville et de Bouche-d’Aigre. Pour les époques gauloise et gallo-romaine, des découvertes anciennes sont signalées dans le village. Un site a été photographié par avion et sa prospection au sol révèle une zone cultuelle associant des armes fragmentées et tordues et quelques monnaies du 1er siècle avant notre ère ; 9 autres sites ont été découverts récemment et sont en attente d’être précisés par photographie aérienne. Nous avons donc un habitat dense avec des exploitations distantes les unes des autres d’environ un kilomètre et qui semble avoir existé de la fin de La Tène au IVe siècle de notre ère. En 1992, sur un autre site implanté dans les tourbes de la rivière, on a découvert de grosses meules à blé en poudingue (10) et un mobilier Bas-Empire et Paléochrétien. Une belle plaque de ceinture représentant deux saints ou Adam et Ève séparés par une croix est le premier témoignage de la christianisation de notre commune au VIlle siècle. Notre village apparaît dans une charte de l’abbaye de Marmoutier (11) datée des années 1051-1060 sous le nom de VILLANOLIO. Un siècle plus tard, dans une charte de l’abbaye de Pontlevoy (12) datée de 1170 le nom de FIRMITATE VILLENOLII apparaît ; d’autres orthographes très voisines de ce deuxième nom sont employées, mais dans l’ensemble c’est une stabilité définitive. Le sens du terme « Firmitas » ne pose pas de problème, il signifie une ville fortifiée, une « fermeté », ce qui a donné par contraction Ferté ; nous donnerons pour le deuxième terme l’explication la plus récente proposée par l’abbé Guy Villette 13 (dont le grand-père paternel était la terreur des lapins de La Ferté) de « Villanolium » dérivé du gaulois « villano-ialo » qui veut dire : -pour « Villano », un habitat, un groupe de fermes, un embryon de village, ce qui a donné dans d’autres toponymes : « Villaines » ; -pour « Ialo », qui indique un lieu habité dans un espace découvert, une clairière, on retrouve sa présence dans tous les noms qui se terminent en « euil », comme Santeuil ou Autheuil.

Au XIe siècle, le village de Villanollium a pour seigneurs des « Robert » vassaux du comte de Blois. C’est probablement par décision de ces seigneurs, qu’il est entouré de remparts et doté d’un château sur motte. La proximité du territoire vendômois et donc angevin en fait une place forte frontalière. A l’époque, il a deux églises : Saint-Pierre et Saint-Martin, avec leurs paroisses respectives séparées par la rivière ; les églises ont été données à l’abbaye de Pontlevoy qui a édifié à côté de la première un prieuré. Au début du XIIe siècle, c’est une ville forte (cette qualification est alors associée au nom primitif), qui entre dans le domaine direct des comtes ; leur générosité ne se limite pas à l’édification de fortifications. Au cours de la deuxième moitié de ce siècle, grâce à eux et à une prospérité économique certaine, les deux églises sont reconstruites à la mode du jour, en style roman. Un Hôtel-Dieu et une léproserie avec leurs chapelles sont fondés et dotés de terres pour fonctionner. Le château est reconstruit au début du XIIIe siècle. Aux cours des siècles suivants, la chute de la puissance des Comtes de Blois et des Ducs d’Orléans associée aux malheurs de la guerre vont grignoter ce patrimoine et seules l’église Saint-Martin très remaniée, la léproserie, et des ruines de l’église Saint-Pierre témoignent actuellement de ce passé.

Extrait de « L’église St Martin de La Ferté Villeneuil et ses fontaines » par Lucien Royneau / 1992

(1) La Ferté-Villeneuil, 28220 Cloyes-sur-le-Loir, coordonnées Lambert : A X : 526.200 ; A Y : 2331.800, altitude : 106.66 m. (2) 15, place de la Liberté, 28200 Châteaudun. (3) C’est probablement la persistance d’une zone non construite et non habitée, qui ceinturait les remparts de la Ferté et qui laissait l’ennemi à découvert, en ne lui donnant pas la possibilité de se retrancher derrière des murs. (4) Un banc affleurant est visible à la base d’un mur entre le I et le 3 de la rue Porte-Dunoise. (5) Atlas hydrogéologique de la Beauce, p. 5, 12, 37. Visite-conférence géologique de M. J.-M. Lorrain, dans le cadre de l’écomusée. (6) Tripleville, 41240 Ouzouer-le-Marché, nombreux dolmens et un menhir. (7) Verdes, 41240 Ouzouer-le-Marché, importante agglomération gallo-romaine. (8) En 1992, la rivière était à sec et l’eau des gouffres repartait en sens inverse dans les pompages ; par contre, les sources du haut du village, alimentées par l’irrigation débitaient à plein. (9) Bouche-d’Aigre, 28220 Romilly-sur-Aigre, prieuré de l’Abbaye de Thiron fondé au XIIe siècle. (10) On trouve cette roche en lentilles, plus ou moins épaisses, entre le calcaire de Beauce et l’argile à silex, (Voir note 5) (11) Marmoutier, monastère fondé par Saint-Martin en 371, sur la rive droite de la Loire en face de la ville de Tours richement doté par les comtes de Blois et devint une puissante abbaye surtout du Xe au XIIIe siècle. (12) Pontlevoy, 41400 Montrichard, abbaye bénédictine fondée en 1034. (13)  » Les noms des villes et des villages d’Eure-et-Loir « , C.D.D.P., 1991.

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